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La zone Transmanche et l'Europe (2002)
Positionnement démographique et économique
Auteur : Frédérique Turbout

376 millions d'habitants se répartissent sur près de 3,243 millions de km² en Europe. Population et richesse sont bien sûr inégalement réparties à l'échelle des régions européennes. Sur les quelques 211 régions que compte l'Union européenne (découpage NUTS 2), plus des deux tiers accueillent chacune moins de 0,6 % de la population européenne. 6 Européens sur 1 000 vivent dans ces régions contre 15 dans les régions les plus peuplées. Les densités d'habitants sont également très disparates et pour une grande majorité d'entre elles, ne dépassent pas les 100 habitants au km². L'indicateur de production de richesse par territoire suit cette tendance qui fait s'opposer des zones où la part du PIB dans le total européen est élevée et représente plus de 2 % de l'ensemble et des zones très en retrait de ce seuil. Les régions qui se situent en tête le sont tant d'un point de vue démographique qu'économique.

Notons que le découpage régional, s'il présente l'intérêt de permettre l'analyse dans le détail et la comparaison entre régions, masque des différences plus importantes et peut s'avérer trompeur. C'est précisément le cas du Danemark, qui dans ce type de découpage prend en compte une seule entité qui correspond à l'Etat-nation : ses résultats en ressortent donc bien supérieurs à la plupart des régions (entités infra-nationales) des autres pays de l'Union.

 

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Le poids démographique des régions capitales

La lecture des densités de population de l'Union européenne fait nettement ressortir le nord-ouest de l'Europe comme zone homogène forte. On retrouve ainsi de fortes densités de population aux Pays-Bas, en Angleterre, dans le nord de l'Italie et le long du couloir rhénan. Cet arc de cercle qui s'étire de la botte italienne (Lombardie) aux portes des Highlands (Midland et North West) en traversant toute l'Europe médiane (Bäden-Württemberg, Nordrhein Westfallen) se retrouve dans la répartition de la population et dans la production de richesses. Parallèlement, on lit les logiques de répartition nationale, les plus fortes densités de population se retrouvent dans l'ensemble des régions capitales telles que Greater London, l'Île-de-France, la région de Böhn ou de Berlin, de Hambourg ou de Brême, de Bruxelles, de Rome, de Madrid ou encore d'Athènes. Dans ces régions, les densités de population dépassent les 900 habitants au km², jusqu'à atteindre plus de 8 600 habitants au km² dans le centre de Londres. Cependant, encore une fois, le découpage en NUTS 2 masque quelques réalités. Ainsi, le Lazio, région de la capitale romaine, affiche une densité de 304,7 habitants au km² alors qu'en parallèle, la région de Düsseldorf en Allemagne est plus densément peuplée avec 997,7 habitants au km², pourtant l'une et l'autre ont une population quasi équivalente, de l'ordre de 5 200 000 habitants. Leur différence en terme de densité s'explique par le fait que la région du Lazio a une superficie égale à trois fois celle de la région de Düsseldorf. Enfin, pour clore ce chapitre ces densités européennes, notons que les littoraux, et cela quels que soient les États considérés, restent des espaces de peuplement majeurs. C'est le cas du sud de l'Angleterre, du sud de la France et de l'ensemble des littoraux italiens et espagnols. On peut y voir à la fois la présence de zones urbaines importantes et l'importance du balnéotropisme. C'est une tendance lourde et longue à l'échelle mondiale qui continue de s'affirmer sur le continent européen.

Si lon considère la répartition de la population en Europe et le poids de chaque région dans le total européen, les régions du sud l'emportent nettement. Plus peuplées que leurs voisines septentrionales, les Sud et les pays qui les composent, participent pour chacun d'entre eux à près de 0,9 % au peuplement. Près de 9 Européens sur 1 000 vivent dans ces régions. Une nouvelle fois, le mode de découpage, seul mode existant, permettant une comparaison entre régions européennes, impose de considérer à la fois la répartition de populations et les densités de peuplement. Ainsi deux régions, Greater London (Angleterre) et l'Andalousie (Espagne) ont une population identique de l'ordre de 7 188 000 habitants, mais des surfaces et donc des densités très différentes. La seule prise en compte de l'un des deux critères séparément ne permet pas de rendre compte l'ensemble de la situation.

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En Europe du nord-ouest, trois régions se distinguent également et dépassent les 0,6 %, Greater London, l'Ile de France et la région de Düsseldorf, les mêmes qui précédemment s'individualisaient par leurs fortes densités de population dans l'ensemble européen. Si les situations peuvent apparaître très tranchées à l'échelle régionale, au niveau des pays, les différences sont nettement moins marquées : Le Royaume-Uni tout comme la France accueillent 16 % de la population européenne, 15 % pour l'Italie, et loin devant ces trois Etats, l'Allemagne avec 22 %. Ces caractères observés au niveau démographique se retrouvent à la lecture de l'indicateur économique mesurant la production de richesses, avec toutefois, une tendance à l'accentuation.

Londres et Paris, moteurs de la production de richesses en Europe.

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Les régions capitales participent activement à la formation du PIB européen. L'Île de France qui produit 4,8 % du PIB total européen arrive en tête suivie de près par la région londonienne. Ces deux régions capitales produisent à elles seules près d'un cinquième des richesses produites dans l'Union européenne. Elles ne sont pas les seules à se détacher nettement de la cartographie des PIB régionaux européens. Les régions industrielles, telles que celles appartenant à la Ruhr, au nord de la France, ou au nord de l'Italie sortent du lot. On voit là encore se dessiner la diagonale économiquement puissante de l'Europe, la fameuse « banane bleue ». Notons également le bon résultat des régions du sud-est français, Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d'Azur. Production à haute valeur ajoutée et nouvelles technologies associées à un tourisme de masse peuvent expliquer de tels résultats. Au final, l'Italie, la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne qui regroupent 65 % de la population européenne produisent 73 % des richesses dans l'Union européenne. Chaque année, l'Europe des quinze produit une richesse équivalente à celle des États-Unis, et dans cet ensemble, les régions de Londres et de Paris font figure de moteurs économiques.

La zone Transmanche en perspective dans l'Union européenne

Dans la zone Transmanche, les disparités sont moins marquées. En Angleterre, Greater London se détache nettement si l'on considère le niveau du PIB avec un résultat de 3 % du total européen, suivi de l'East and West Sussex avec près de 1 %. En France, l'Île de France arrive largement en tête suivie du Nord–Pas-de-Calais avec un résultat identique aux régions du Sussex anglais. D'un point de vue démographique, densité ou répartition de la population, la configuration est identique. Un fait doit cependant être souligné : on observe nettement la partition en deux du sud de l'Angleterre, avec à l'est, des régions directement sous influence de Londres, bénéficiant d'une assise touristique et économique importante, accueillant les principales portes ouvertes de l'Angleterre (Portsmouth, Southampton, Douvres, les grands ports de la Tamise), vers le continent et le reste du monde. À ces régions s'opposent celles de l'Ouest, plus proches dans leurs caractères démographiques des régions françaises bordant la Manche. Si l'on compare les régions Transmanche sur la base des densités de population, des répartitions de cette population et des différents PIB, on aboutit à une typologie positionnant les régions Transmanche en fonction de l'ensemble européen. Les régions au dessus de la moyenne européenne sont peu nombreuses et correspondent aux régions capitales. Dans la moyenne européenne, on retrouve les régions proches des régions capitales ou correspondant à d'importantes régions industrielles, tels que le Berkshire et l'Oxfordshire, le Sussex et le Surrey ou le Nord–Pas-de-Calais. On peut ajouter à ces dernières la région des Pays de la Loire dont le PIB la rapproche des régions précédemment citées. Enfin, les autres régions Transmanche correspondant pour l'essentiel aux régions littorales se situent en dessous de la moyenne européenne. Au total la zone Transmanche regroupe 13,2 % de la population totale européenne et produit 15,7 % des richesses. Ce positionnement démographique et économique vient confirmer son rôle de tout premier ordre au sein de l'Union européenne.

 

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Indicateurs démographiques et économiques des régions Transmanche
TOTAL ZONE
TRANSMANCHE
49 463 133 1 219 792 159  
Régions Transmanche (NUTS 2) Population
totale
(milliers d'hab.)
Part de la
population
(pour mille)
PIB
(millions €)
Part du PIB
(pour mille)
Densités de
population
(habs./km²)
FRANCE 60 047 160 12 93 104 170 94.8
Nord Pas-de-Calais 3 997 11 69 353 9 322.0
Ile-de-France 10 929 29 362 117 48 909.8
Picardie 1 857 5 33 940 4 95.7
Haute-Normandie 1 780 5 35 245 5 144.5
Basse-Normandie 1 420 4 26 242 3 80.7
Bretagne 2 896 8 52 312 7 106.4
Pays de la Loire 3 210 9 60 850 8 100.1
Total ZTM France 26 089 71 640 059 84  
Moyenne ZTM* France 3 727 10.1 91 437 12 251.3
Moyenne ZTM France sans Ile-de-France 2 526.6 7 46 323 6 141.5
ROYAUME-UNI 59 237 160 1 259 035 170 243
Bedfordshire and Hertfordshire 1 590 4 36 298 5 553
Essex 1 606 4 31 372 4 437
Greater London 7 188 19 228 676 30 4537.9
Berkshire and Oxfordshire 2 099 6 56 864 7 365.6
Surrey, East and West Sussex 2 560 7 58 582 8 468.8
Hampshire, Isle of Wight 1 771 5 40 388 5 424.3
Kent 1 575 4 31 804 4 421.7
Gloucestershire, Wiltshire 2 162 6 48 546 6 284.4
Dorset, Somerset 1 181 3 21 374 3 193.4
Cornwall and Isle of Scilly 490 1 7 169 1 137.7
Devon 1 068 3 18 660 2 159.3
Total ZTM Angleterre 23 374 62 579 733 75  
Moyenne ZTM Angleterre 2 117.3 5.6 52 703 6.8 725.7
Moyenne ZTM Angleterre sans Greater London 1 804 4.3 35 105.7 4.5 344.5
* ZTM : Zone Transmanche
Sources : Eurostat 2000 et INSEE.

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