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Pêche et cultures marines
(2003-2005)
Auteurs : Pascal Buléon, Frédérique Turbout

Des activités humaines qui se pratiquent sur les deux rives de la Manche, la pêche est sans conteste l'une des plus anciennes, l'une des pratiques communes les plus ancrées. Il existe autour de la Manche une vieille culture de gens de mer, au sein de petites sociétés locales faites d'enracinement dans un port, d'échappées lointaines par la mer, de quelques ports de relâche, de différences cultivées et d'identité commune d'hommes confrontés aux éléments, à la mort trop proche parfois. La pêche, le métier, l'économie de l'activité, l'insertion dans la société, les représentations ont considérablement changé aux cours des siècles et même des dernières décennies. En même temps, il en demeure un fil qui court au long des générations : une proximité et une dépendance des éléments, même si les techniques les ont atténuées, une relation à une ressource naturelle et une représentation mentale d'hommes de la mer, par eux-mêmes et dans la société.

Depuis la motorisation et l'organisation de filières de commercialisation élargies, c'est-à-dire depuis l'entre-deux-guerres et surtout après la Seconde Guerre mondiale, la pêche a connu des changements absolument considérables : modification radicale et totale des marchés, de la valorisation du poisson, des techniques de pêche et de navigation, pressions sur la ressource, conditions économiques de la profession... Aujourd'hui, la question de la ressource, sa préservation, l'existence économique d'une grande partie des pêcheurs, la place de la pêche aux côtés d'autres activités sont au premier rang des interrogations.

Il y a de très nombreux ports autour de la Manche, de Newlyn et Falmouth, les plus à l'ouest à la pointe de Cornouailles, face à Brest et Roscoff, à Hastings et Boulogne, une quarantaine pour les plus importants, un peu plus sur la côte française que sur la côte anglaise. Le regroupement statistique par quartier ou district ne doit laisser oublier Erquy, Granville, Grandcamp, Port-en-Bessin, Honfleur…, pêcheries encore bien actives. À ces ports qui ont des installations, marchés, criées, professions commerciales et de contrôle, etc., il faut ajouter la kyrielle de ports plus petits où une activité de pêche, qui a souvent été plus importante dans le passé, se maintient encore aujourd'hui parfois de manière restreinte, résiduelle. Plus loin que la pointe de Cornouailles, aux Scilly, il y a quelques bateaux de pêche, comme à Molène, à Batz ou à Wight.

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2 300 navires sont en activité dans les ports de la Manche. La plupart ne travaille que sur la Manche, celle-ci représente plus de 60 % des prises et de la valeur pour une production totale de 220 000 tonnes (2004). Autour de ce noyau dur de la pêche en Manche par les pêcheries professionnelles, il faut ajouter 10 % de bateaux belges, hollandais ou allemands qui viennent pêcher en Manche, soit un peu plus de 200 et encore 200 autres venant des ports français de l'Atlantique.

L'essentiel de la pêche en Manche est une pêche côtière (marée de plus de 24 h) et une petite pêche (marée de moins de 24 h). Elles occupent les deux tiers de la flottille. La pêche au large est pratiquée par des unités de plus de 16 mètres et Boulogne est le port principal de ce type de pêche. Pour la pêche côtière et la petite pêche, les unités sont la plupart du temps de moins de 16 mètres et tous les ports ont connu une très forte diminution du nombre d'unités depuis vingt ans. Dans les dix dernières années, la flottille française a diminué de 30 %, la flottille anglaise a connu également une forte diminution. Les conditions économiques en même temps que la politique commune de la pêche ont conduit à cette situation. Les petites unités de moins de 10 mètres prennent une place de plus en plus importante, on en recense côté anglais plus de 3 000. Certains ports, tels Hastings ou Poole totalisent quatre fois plus de puissance en watt en bateaux de moins de 10 mètres qu'en bateaux de 18 mètres. À ces pêcheurs professionnels, il faut ajouter le nombre, non recensé mais certainement très important, d'amateurs qui, tous les jours, relèvent un casier ou un filet. On estime en Bretagne que la prise de bar par les amateurs est supérieure à celle des professionnels.

Dans cette mer peu profonde, les espèces sont nombreuses, la production à plus forte valeur est celle de la coquille Saint-Jacques : 45 millions d'euros en 2006. La sole la suit immédiatement, puis viennent côté français calmar et buccin et côté anglais crabe et seiche. Dans les ports anglais, les crustacés devancent de loin les poissons dans tous les ports, sauf à Plymouth et Newlyn.

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La structure de cette production révèle bien quelques-uns des problèmes de la pêche aujourd'hui : les produits à forte valeur, parce qu'ils sont prisés par la clientèle, concentrent les efforts des pêcheurs, certaines espèces de poissons sont en moindre quantité qu'il y a quelques décennies, la productivité de chaque bateau s'est considérablement élevée sous l'effet des progrès techniques, mais les montants d'investissement comme les coûts d'exploitation et l'endettement se sont aussi fortement accrus. Cela a conduit simultanément à une régulation d'une partie de la ressource, à une pression accrue, à des faillites et à des politiques communautaires et nationales tout à la fois de protection de la ressource et de diminution/restructuration des flottilles.

Aujourd'hui, la juxtaposition avec d'autres activités fait problème : le trafic maritime est un danger permanent, les accidents répétés l'attestent. L'extraction de granulats en limite des eaux anglaises et devant Dieppe et les projets déposés inquiètent pour la préservation des gisements et des nurseries. Les projets de parcs éoliens posent la question de l'occupation du domaine maritime.

La production de la mer comprend une part nouvelle et accrue de cultures. Plus d'un quart des quantités de poissons et crustacés vendues en France en 2003 était le fait de cultures et élevages. Le littoral français de la Manche produit 40 000 tonnes d'huîtres et 30 000 tonnes de moules sur plus de 1 000 hectares d'estran. Les cultures marines sont destinées à continuer de croître, elles répondent à une demande de produits de la mer, à une gestion de la ressource mais posent aussi de nouvelles questions de gestion du milieu et de coexistence.

Préservation, gestion de la ressource, organisation des professionnels, coexistence délicate des activités, aquaculture, intégration de la pêche dans l'activité touristique..., considérable évolution d'une activité qui reste symbolique de la relation des hommes à la mer.


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