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Le tourisme en 2003
Régions françaises de l'espace Manche
Auteur : Delphine Ducrot

La France : premier pays touristique au monde

Répartition des nuitées étrangères par nationalités en France, en 2003

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Tableau n° 1 : Répartition des nuitées étrangères par nationalités en France, en 2003

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Avec 75 millions de touristes étrangers en 2003 et malgré une diminution de leur fréquentation de 2,6 % par rapport à 2002, la France confirme sa place de premier pays touristique au monde, devant ses principaux concurrents, l'Espagne, les États-Unis et l'Italie. Ces dernières années, malgré le tassement constaté en 2003, la France a connu une croissance touristique particulièrement exceptionnelle, plaçant le secteur d'activité du tourisme au premier rang de notre économie nationale, le tourisme génère près de 6,6 % du PIB national. La diminution de 2003 en termes d'arrivées et plus encore du volume de nuitées (-3,6 %) des touristes étrangers, résulte d'un contexte international incertain associé à une conjoncture économique morose. Cette combinaison fait de 2003 une mauvaise année pour le tourisme international et également à l'échelle nationale. Les indicateurs utilisés doivent conduire à relativiser les positionnements. Le nombre d'arrivées de touristes étrangers en France, indicateur le plus fréquemment utilisé pour comparer les pays entre eux, a tendance à donner une image surévaluée de la fréquentation des touristes étrangers en France. En effet, de part sa situation géographique, la France ne constitue pas une destination finale mais un pays par lequel transitent de nombreux touristes européens. La France est un passage obligé pour les touristes nord-européens qui se rendent sur leur destination de vacances, la zone méditerranéenne.

Avec 567 millions de nuitées étrangères soit une baisse de 3,6 % par rapport à 2002, la France a toujours pour principales clientèles, les Anglais suivis des Allemands, malgré une légère désaffection. Seule la fréquentation des Belges et des Luxembourgeois a progressé d'environ 1,7 %. En revanche, la fréquentation des Américains et des Japonais continue de diminuer fortement (respectivement -18,3 % et -16,8 %). Ces chiffres illustrent une tendance générale qui est toutefois à nuancer à l'échelle régionale. Il faut également indiquer les provenances émergentes tant européennes qu'internationales, en particulier de la Chine qui s'ouvre vers l'extérieur grâce à un changement de politique. Le développement du tourisme extérieur de la Chine a renforcé sa position internationale dans ce même secteur et l'activité touristique, à l'intérieur même du pays, s'est également développée.

Face à ce réagencement et au ralentissement de la venue de touristes étrangers en France, on observe au contraire une croissance des séjours touristiques des Français dans leur pays. Ils ont augmenté de 0,5 % mais leurs nuitées ont légèrement diminué (-0,7 %) par rapport à 2002. Les Français se déplacent davantage mais ils écourtent légèrement la durée de leurs séjours, ainsi en 2003, la durée s'établit à 5,3 jours en moyenne. La hausse enregistrée a surtout profité aux courts séjours (+ 2,1 %). Les Français génèrent un total de nuitées, tous types d'hébergements confondus (hôtels, campings, résidences secondaires, gîtes, amis, famille) de l'ordre de 933 millions, contre 136,5 millions de nuitées passées à l'étranger. Par rapport à 2002, les Français sont davantage sortis de l'hexagone, passant de 129,8 millions à 136,5 millions de nuitées (soit + 4,9 %). Le nombre de nuitées total, touristes français et étrangers confondus, n'a pas évolué depuis 2001, il s'est stabilisé à 1,5 milliard de nuitées environ. Une grande partie de ces nuitées concerne davantage les séjours passés dans la famille et seulement 283,1 millions sont enregistrées dans l'hôtellerie homologuée et de l'hôtellerie de plein-air. Ces secteurs évoluent différemment. Par rapport à 2002, la part de l'hôtellerie de plein-air s'est accrue (+ 0,8 %) grâce à une augmentation des nuitées françaises (+ 3,2 %) alors que l'hôtellerie homologuée a enregistré une baisse de 3,7 % due à une forte désaffection des touristes étrangers en France (-10,6 %).

L'activité touristique concerne toutes les régions de France mais avec quelques disparités selon les types d'hébergement. Dans l'hôtellerie homologuée - excepté dans le Limousin - l'ensemble des régions françaises enregistre un minimum d'un million de touristes, avec un volume de nuitées ayant diminué par rapport à 2001. Les nuitées varient de 1 213 000 (1 300 000 en 2001 soit -6,7 %) dans le Limousin à 57 072 000 (59 692 000 en 2001 soit -4,4 %) en Île-de-France. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les touristes sont toujours aussi frileux à se déplacer, particulièrement en avion, et les capitales - pôles en matière de tourisme de congrès - sont directement touchées ; c'est pourquoi la région parisienne enregistre une baisse de sa fréquentation touristique en termes de nuitées. Dans les campings, l'évolution est différente d'un département à l'autre. Les arrivés sont comprises entre 209 000 touristes en Haute-Normandie et 2 181 000 dans le Languedoc-Roussillon ; en Picardie, département qui enregistrait le volume d'arrivées le plus faible en 2001, le nombre de touristes s'est accru de 25,8 % (passant de 207 000 à 279 000 touristes) en deux ans. En termes de nuitées, là encore, la Haute-Normandie enregistre le nombre le plus faible avec 652 000 nuitées contre 16 902 000 dans le Languedoc-Rousillon - se dessine ici, l'opposition entre le Nord et le Sud - ; la Lorraine, qui enregistrait la plus faible quantité de nuitées en 2001 (479 000 nuitées) a connu une augmentation de plus de 57 %, les portant en 2003, à 1 118 000 nuitées ; c'est la hausse la plus forte enregistrée sur l'ensemble des régions françaises.

La forte progression de nuitées dans les départements de Picardie et de Lorraine est due à la fois à une politique touristique efficace mais aussi à l'effet canicule, qui a fait se déplacer la fréquentation touristique des régions méridionales chaudes aux régions plus septentrionales réputées plus fraîches. De plus, les régions du Sud telles que l'Aquitaine et la région PACA ont vu se cumuler à ces faits, d'autres handicaps conjoncturels, respectivement les effets néfastes de la pollution du Prestige et ceux engendrés par les incendies de juillet. Les touristes se sont donc tournés vers des régions plus fraîches telles que celles du littoral nord-ouest : Bretagne, Haute-Normandie, Basse-Normandie, Pays de la Loire et Picardie ainsi que dans des régions de l'Est comme la Lorraine et la Franche-Comté. Ces sept régions ont toutes enregistrées une hausse de leur fréquentation touristique (étrangers et Français confondus) de 5 à 10 % tandis que l'Aquitaine, la région PACA et l'Île-de-France ont toutes trois vu leur fréquentation touristique diminuer (respectivement de 9,5 %, 6,7 % et 6,4 %). Ce contexte n'a toutefois pas remis en question la position de leader des régions du sud-ouest, du sud-est et de l'ïle-de-France. L'Île-de-France conserve sa place de première région touristique française tant en termes d'arrivées que de nuitées, devant les régions PACA, du Rhônes-Alpes, du Languedoc-Roussillon et de l'Aquitaine, suivies de près par la Bretagne et les Pays de la Loire. En 2003, ces deux dernières ont profité d'un afflux de touristes les plaçant devant les régions Midi-Pyrénées et Centre qui, elles, ont enregistrées une forte baisse de leur fréquentation touristique.

Depuis 1997, l'activité touristique en France s'est considérablement développée. La France a conservé sa place de première destination touristique au monde en accueillant 25 % de touristes étrangers supplémentaires par rapport à 1997, passant ainsi de 60 millions à 75 millions de touristes en 2003. Cette évolution n'a toutefois pas été constante, et présente quelques disparités. La fréquentation touristique a doucement progressé sur la période 2000-2002 (+ 2 %) puis a enregistré une légère baisse entre 2002 et 2003 (-2,6 %) étant le résultat d'une clientèle étrangère moins présente cette année-là. Ceci est le reflet d'une conjoncture économique incertaine tant d'un point de vue international que national. La principale clientèle étrangère, auparavant allemande, a cédé sa place à la clientèle britannique avec 14,8 millions de touristes en 2003. Cela s'explique par deux tendances : l'augmentation du nombre d'arrivées des touristes anglais et la désaffection constante de la clientèle allemande ces dernières années. Les touristes britanniques sont également la principale clientèle de la zone Transmanche, au moins depuis 1997, et c'est également la clientèle étrangère qui a enregistré la plus forte progression dans ces régions françaises. En revanche, la plus forte baisse enregistrée, directement liée à des facteurs conjonturels - attentats du 11 septembre 2001 renforcés par la politique de M. Bush - concerne les touristes venus d'Amérique, devenus frileux et dont certains boudent la France.

L'année 2003 : un « millésime » pour les régions françaises de la zone Transmanche

La zone Transmanche représente 18,4 % de l'ensemble des nuitées enregistrées en France en 2003 (contre 17 % en 2002). Avec plus de 52 024 000 nuitées (hôtels et campings confondus), dont 14 610 000 étant le fait de touristes étrangers, la zone Transmanche peut être considérée comme un espace touristique majeur en évolution croissante. Sur les 75 millions de touristes étrangers venus en France en 2003, les six régions de cette zone ont accueilli près de 20,5 millions de touristes (en hôtellerie homologuée et hôtellerie de plein-air) soit plus de 27 % du total français. Les touristes français et étrangers confondus représentent donc, en termes d'arrivées, près de 18 % du total français. Et les touristes étrangers, avec plus de 14 millions de nuitées, représentaient en 2003 : 14,1 % des nuitées totales en France.

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Dans l'ensemble, la progression s'est nettement ralentie entre 2002 et 2003 mais reste néanmoins à la hausse, exception faite pour le Nord–Pas-de-Calais qui enregistre une évolution négative (-3,5 % de nuitées par rapport à 2002), plus marquée encore concernant les nuitées des touristes étrangers (-4,8 % entre 2002 et 2003).

Globalement, depuis 2001, la fréquentation touristique de la zone Transmanche (Français et étrangers), en termes de nuitées, a progressé de près de 40 % (38,1 % précisément). Concernant les nuitées des touristes étrangers, dans l'ensemble, l'évolution est également croissante - jusqu'à 13,4 % de hausse en Bretagne -, à l'exception du département du Nord–Pas-de-Calais (-4,8 %) et de Haute-Normandie (0,1 %). Les six régions du littoral nord-ouest de la France représentent donc une part relativement importante du tourisme, avec 18 % du total des arrivées de touristes étrangers en France. L'année 2003, en termes de tourisme, se présente donc comme un « millésime » pour la zone Transmanche qui, en raison de multiples facteurs conjoncturels (canicule, pollution maritime, incendies), a bénéficié de l'afflux de touristes étrangers mais également français, venus chercher un peu de fraîcheur.

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Toutefois, ces six régions illustrent bien le fait que la zone Transmanche est avant tout une région dans laquelle le tourisme de courts séjours et de « proximité » a une place dominante. Sur l'ensemble de ces régions, seules la Bretagne et les Pays de la Loire ont un volume de nuitées, en 2003, dépassant les 15 millions, contre moins de 7 millions pour les autres régions. Le tourisme de proximité est essentiellement alimenté par les pays nord-européens tels que l'Angleterre, les Pays-Bas et la Belgique. Résultant d'une politique active dans le domaine du tourisme, les touristes néerlandais sont en nette progression dans les six régions de la zone, dépassant les 12 % de nuitées en 2003 - exception faite dans le Nord–Pas-de-Calais qui enregistre une hausse moins significative, de l'ordre de 6 % environ, chaque année entre 2001 et 2003 -. Dans l'ensemble, les touristes néerlandais enregistrent une progression de près de 17,6 %, progression la plus importante par rapport aux autres clientèles de la zone Transmanche.

 

Répartition des touristes étrangers par nationalité dans les différentes régions françaises transmanche, en 2003

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Face à la hausse de touristes néerlandais, la principale clientèle étrangère de la zone Transmanche reste la clientèle britannique. Ces trois dernières années, elle s'est stabilisée à plus de 45 % des nuitées en moyenne dans la zone. La clientèle anglaise est suivie par celle en provenance des Pays-Bas (16,3 % en 2003) et de l'Allemagne (9,5 % en 2003). Globalement, sur les six régions de la zone Transmanche, ce sont les régions de l'Ouest, Bretagne et Pays de la Loire (avec chacune plus de 15 millions de nuitées) qui accueillent le volume le plus important de touristes. Viennent ensuite la Basse-Normandie, qui a pris la troisième place, devant le Nord–Pas-de-Calais, suivies (avec près de 3 millions de nuitées) de la Haute-Normandie et de la Picardie. Les disparités de cette répartition entre les six régions françaises transmanche, se retrouvent tant au niveau des nuitées françaises que des nuitées étrangères.

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En France mais également dans les régions de la zone Transmanche, les touristes américains sont en baisse constante. En Basse-Normandie, contre 250 000 nuitées en 2001, le nombre de nuitées des touristes venus des États-Unis, en 2003, n'étaient plus que de 160 000. Cette région a donc enregistré une baisse de 40,4 % en deux ans. Les Américains ont préféré attendre 2004 pour se rendre en France, et principalement en Basse-Normandie, pour la célébration du « 60e anniversaire du Débarquement ».


Les touristes britanniques dans la zone Transmanche, en 2003

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